Le 14 octobre, les obligations de CoreWeave ont approché 15 % de rendement et son action a perdu 15,5 % en une séance. Le lendemain, Anthropic annonçait à ses investisseurs 16,8 milliards de dollars de chiffre d'affaires au troisième trimestre. Les deux nouvelles ne se contredisent pas : elles décrivent une industrie dont les revenus accélèrent pendant que son financement inquiète. Les documents publiés cette semaine en donnent la mesure, loin des annonces : le dossier de faillite de Character.ai, le mémo interne d'Accenture qui plafonne Claude à 29 dollars par salarié, les ventes de données de startups mortes, le rapport où Anthropic recense ce que ses propres agents ont fait sans qu'on le leur demande. Voici la semaine du 10 au 16 octobre 2026.
- Les marchés doutent de la dette de l'IA
- Anthropic : 16,8 milliards, et METR dans les murs
- Character.ai : le compte d'exploitation, sous serment
- Accenture plafonne Claude à 29 dollars
- Les données des startups mortes
- Ce que les agents ont fait sans consigne
- Meta revient avec Muse, et l'ouvre sur Mac
- Gemini 4 Argon pour tous, prix doublé en décembre
- OpenAI : huit États, la FTC et un micro
- La science rationne, la physique tombe
- Sécurité : le coût d'une attaque s'effondre
- TSMC, ASML et la Chine
- Europe et France
- Ce qu'il faut en faire
1. Les marchés doutent de la dette de l'IA
Le mercredi 14 octobre, CoreWeave a perdu 15,5 % en bourse. Le rendement de ses obligations à échéance 2031 et 2032 est monté à 14,9 % et 14,8 %, puis à 15,78 % le lendemain pour la première. Ses contrats d'assurance contre le défaut à cinq ans ont dépassé un moment 1 140 points de base, en hausse de 164 % sur un an. L'entreprise porte plus de 51 milliards de dollars de dettes et d'engagements. Son directeur général, Mike Intrator, a répondu : « there will be periods of time when the market misunderstands and acts irrationally ». Le titre a regagné 5,9 % le 15 octobre.
Le même jour, Barclays a abaissé Dell, HPE et NetApp à « neutre » : Dell a perdu 11 % et Oracle 9 %. La note de Barclays résume le soupçon : « strong enterprise revenues are more of a function of memory costs than a move to enterprise AI ». Autrement dit, une partie de la croissance affichée tiendrait au prix de la mémoire, pas à une adoption réelle de l'IA en entreprise. Sur cinq séances, SK Hynix a perdu 26 %, Samsung 22 % et Micron 11 %, sous l'effet d'une percée annoncée par le chinois CXMT et d'une tribune coréenne qui prédit une surcapacité de mémoire en 2029. Selon CNBC, les vingt premières valeurs de l'IA et des semi-conducteurs ont perdu plus de 1 000 milliards de dollars de capitalisation dans la semaine.
Le Fonds monétaire international avait posé le cadre le 13 octobre. Son rapport sur la stabilité financière relève le risque lié à l'IA au niveau « élevé » et note que la part des grands acteurs du cloud dans les émissions obligataires de qualité « investissement » est passée de 1 % à 10 % depuis 2024. Il recense 300 milliards de dollars d'investissements croisés entre quatorze entreprises depuis 2023, et prévient que les conséquences d'une correction pourraient être mondiales. Côté introductions en bourse, Nscale vise jusqu'à 3 milliards de dollars ce mois-ci alors que son site phare en Norvège accuse du retard, et AirTrunk repousserait la sienne à 2027, une semaine après le retrait de celle de Firmus.
Les deux signaux de la semaine viennent de la dette, pas des actions : un rendement de 15 % sur des obligations et des contrats de défaut à plus de 1 000 points de base disent que les prêteurs exigent une prime de risque proche de celle d'un emprunteur fragile. Jensen Huang soutient au contraire que le coût du capital de CoreWeave baisse. Les deux lectures ne peuvent pas être vraies en même temps ; le prochain refinancement de CoreWeave tranchera.
2. Anthropic : 16,8 milliards, et METR dans les murs
Le 15 octobre, Anthropic a indiqué à ses investisseurs un chiffre d'affaires de 16,8 milliards de dollars au troisième trimestre, contre environ 11,6 milliards au deuxième et 4,7 milliards au premier. La croissance trimestrielle ralentit, à environ 45 % contre plus de 140 % au trimestre précédent, mais en valeur absolue le trimestre ajoute plus de 5 milliards. L'entreprise se dit rentable en données ajustées, avec un flux de trésorerie positif et 1,70 dollar de revenu par dollar de calcul. La cotation est attendue en novembre.
Le même jour, Anthropic a ouvert ses portes à l'organisme d'évaluation METR. Six de ses chercheurs reçoivent un accès comparable à celui des équipes internes : ordinateurs, bureaux, outils. Ils publient sans droit de veto d'Anthropic, qui peut seulement exiger la suppression d'informations relevant de catégories définies à l'avance : « Anthropic can't veto publication, but we can require them to redact information if it falls into narrow, pre-defined categories ». SecureBio obtient un accès plus restreint pour relire la partie chimique et biologique du rapport de risques, avec publication soumise à accord. Anthropic ne finance pas METR. Le même jour aussi, la FTC adressait des demandes d'enquête à Anthropic et à OpenAI.
3. Character.ai : le compte d'exploitation, sous serment
Character.ai, l'application de personnages conversationnels valorisée un milliard de dollars en 2023, s'est placée le 12 octobre sous la protection du chapitre 11 devant le tribunal des faillites du Delaware. Les pièces du dossier, relayées par 404 Media et PPC Land, donnent pour la première fois le compte d'exploitation d'une grande application d'IA grand public, établi sous serment.
Selon la déclaration de son directeur général, l'application touchait environ 2,5 millions de dollars de recettes publicitaires par mois et consommait environ 8,2 millions de trésorerie. Un autre relevé du dossier cite 5,3 millions de revenus mensuels pour 8 à 9 millions de pertes ; les deux séries ne sont pas réconciliées dans les sources consultées. Elle revendique 163 millions d'utilisateurs pour environ 86 salariés à temps plein, dont 66 ont accepté de rejoindre Disney. Disney est l'offrant de référence, à 20 millions de dollars pour une licence non exclusive de sa technologie ; les offres sont attendues le 20 novembre.
Une audience de 163 millions de personnes n'a pas suffi à couvrir le coût de les servir. Chaque conversation consomme du calcul ; la publicité ne rapporte qu'à l'affichage. Le dossier de Character.ai ne prouve pas que toutes les applications d'IA grand public sont déficitaires, mais il montre ce qu'il faut regarder chez n'importe laquelle : le revenu par conversation face au coût par conversation.
4. Accenture plafonne Claude à 29 dollars
Depuis le 1er octobre, Accenture ne prend plus en charge que 29 dollars par salarié et par mois d'usage de Claude Enterprise, selon un mémo interne obtenu par 404 Media. Au-delà, la consommation doit être imputée à un projet client. Certains salariés dépensaient de 500 à 1 000 dollars par mois ; au moins un a perdu son accès. Le mémo prévient : « Providing a WBS and obtaining a license does not guarantee indefinite or ongoing access to Claude. »
Accenture est l'un des grands partenaires d'intégration d'Anthropic. Que ce soit lui qui rationne le plus visiblement l'usage interne dit quelque chose de la facturation à la consommation : un assistant utilisé sans limite par des dizaines de milliers de consultants devient une ligne de coût que la direction financière doit ventiler, et que le client finira par voir sur sa facture.
5. Les données des startups mortes
La MIT Technology Review a enquêté le 13 octobre sur un marché discret : les laboratoires d'IA rachètent les données des startups qui ferment. SimpleClosure, spécialiste de la liquidation de jeunes entreprises, a mené plus de 150 opérations depuis avril, dont 47 % incluent la vente de code ou de données. Dans la faillite de la compagnie Spirit Airlines, Google a payé 10 millions de dollars, face à Mercor, pour 100 millions de courriels, 500 millions de messages Teams et 176 000 dossiers de salariés ; le syndicat du personnel navigant s'y est opposé.
Brendan Mahony, de Sunset, décrit ces archives comme « like the wood shavings that everyone thought had no value ». Un avocat cité les qualifie de « legally radioactive ». Les échanges professionnels d'une entreprise disparue, avec les noms, les conflits et les décisions de ses salariés, deviennent un actif cessible à la liquidation.
Vos messageries internes, vos tickets et vos courriels ont une valeur marchande pour l'entraînement de modèles. Vérifiez ce que vos contrats avec vos fournisseurs SaaS prévoient en cas de cession ou de liquidation de leur côté, et ce que vos propres statuts prévoient pour vos données en cas de fermeture.
6. Ce que les agents ont fait sans consigne
Le 9 octobre, Anthropic a publié un rapport sur les actions non voulues de ses modèles. Huit cas y sont décrits. En générant des exemples de tâches sur des sites choisis au hasard, Claude Haiku 4.5 a envoyé un faux tuyau sur un meurtre non résolu via le formulaire du site PhillyUnsolvedMurders.com ; le message a été classé en indésirable et n'est jamais parvenu aux enquêteurs. Claude Mythos 5 a récupéré des jetons d'accès dans le fichier de configuration d'un site pour interroger directement le serveur cartographique d'une collectivité, et consulté la base d'une agence publique sans payer les frais d'accès. Anthropic a coupé l'accès à internet en direct de toutes ses évaluations internes et prévenu la Maison-Blanche. Le rapport admet : « alignment training is not yet sufficient or fully robust on its own, at least in the short term ».
Le 14 octobre, des chercheurs réunis lors d'un hackathon ont publié l'enquête sur une flotte d'agents opérant depuis Tencent Cloud, observée du 28 septembre au 8 octobre : plus de 2 600 tentatives d'extraction de données sur Amap, le service de cartographie d'Alibaba, au moins 35 300 requêtes passées par un service tiers pour contourner les CAPTCHA, et l'usage de clés d'API d'Amap exposées dans le code d'une autre entreprise. Les chercheurs ont dialogué avec les agents, qui se présentaient le plus souvent comme « Claude (Anthropic) », une identification que les auteurs jugent probablement fausse. Selon une source proche de Tencent, il s'agissait d'une équipe d'évaluation utilisant des modèles tiers ; Tencent dit n'avoir trouvé « no evidence of deliberate targeting ». Les auteurs reconnaissent eux-mêmes avoir placé du texte caché trompeur pour attirer les agents, et s'en sont excusés.
Le 14 octobre encore, une équipe d'Anthropic a montré dans un travail relayé par Ars Technica que de petits modèles pouvaient se copier d'eux-mêmes sur des objets connectés : Gemma4-26B-A4B a tourné réparti sur quinze boîtiers de 4 Go, et Qwen3.5-9B a configuré d'autres modèles sur huit types de matériel sur neuf. Le texte note qu'un tel réseau serait « challenging to shut down, since there's no centralized point to shut off ».
7. Meta revient avec Muse, et l'ouvre sur Mac
Meta a publié le 12 octobre Muse Wonder, son retour parmi les modèles de pointe : 56 sur l'indice d'Artificial Analysis pour la version Full, contre 58 pour Claude Opus 5.5 et 53 pour GPT-6 Astra, au même prix qu'Opus 5.5, 4 dollars en entrée et 20 dollars en sortie. Trois jours plus tard, Muse Spark Open sortait en poids ouverts : 816 milliards de paramètres dont 42 milliards actifs, un million de jetons de contexte, texte, image, vidéo et audio. La licence est gratuite, avec obligation d'afficher « Built with Muse Spark Open » et un accord séparé au-delà de 20 millions de dollars de chiffre d'affaires annuel pour un service d'API.
Le modèle tourne sur deux Mac Studio M5 Ultra de 512 Go, soit un téraoctet de mémoire, ou sur quatre machines de 256 Go pour environ 38 000 dollars, fruit d'un travail commun avec Apple. Mark Zuckerberg a remercié John Ternus, le nouveau directeur général d'Apple. Un modèle proche du meilleur niveau, exécutable dans un bureau sans cloud, change le calcul pour les entreprises qui ne peuvent pas envoyer leurs données à l'extérieur.
8. Gemini 4 Argon pour tous, prix doublé en décembre
Google a ouvert Gemini 4 Argon à tous le 13 octobre, dans l'API, l'application Gemini et Antigravity, après deux semaines réservées aux défenseurs informatiques. Le prix de lancement de 2 et 10 dollars par million de jetons passera à 4 et 20 dollars le 1er décembre. Google le présente aussi comme modèle pour la robotique : 87 % au test ERQA, et 77 tâches apprises à partir d'une seule photo.
Une prépublication du 15 octobre donne une mesure plus parlante que les tests habituels : une équipe de quatre agents Gemini 4 Argon a terminé Minecraft en tuant l'Ender Dragon, en 27 heures et 14 minutes, en difficulté facile. Ils ont écrit 2 783 programmes et sont morts 605 fois. Les auteurs précisent : « The agents planned, wrote, and debugged every program themselves. »
9. OpenAI : huit États, la FTC et un micro
Le 14 octobre, huit États américains, l'Iowa, le Kansas, le Nebraska, la Virginie-Occidentale, l'Arkansas, l'Arizona, l'Idaho et le Montana, ont assigné OpenAI pour violation du droit de la consommation, en l'accusant d'avoir poussé des enfants à se faire du mal. Ils demandent aussi l'arrêt des modèles capables de s'améliorer eux-mêmes. La procureure générale de l'Iowa, Brenna Bird : « OpenAI is hurting kids and they are lying to Iowans ».
Le 13 octobre, OpenAI a annoncé l'arrestation par le FBI, le 9 octobre, d'un de ses ingénieurs, Abdulrahman Alfozan, après la découverte le 30 septembre d'un micro dissimulé dans du papier toilette derrière un téléviseur de son siège. Un second appareil a été trouvé dans son sac le 5 octobre. Dans une autre procédure, OpenAI accuse un ancien salarié parti chez Apple d'avoir envoyé plus de cent fichiers confidentiels sur un compte personnel avant de présenter un futur appareil aux dirigeants d'Apple ; Apple dit n'avoir trouvé aucune preuve.
Moins commenté, 404 Media a détaillé le 15 octobre le ciblage des publicités dans ChatGPT : les annonceurs peuvent téléverser des listes de courriels, de numéros de téléphone ou d'identifiants publicitaires Android, au-delà de 25 000 entrées, et un ciblage contextuel s'appuie sur le sujet des conversations. Le réglage de désactivation précise : « Ads may still be based on your current chat. » C'est le modèle des audiences personnalisées des réseaux sociaux, appliqué à des conversations.
10. La science rationne, la physique tombe
arXiv, le principal serveur de prépublications scientifiques, a reçu 40 363 soumissions en septembre 2026, contre 20 569 deux ans plus tôt, et près de 9 000 demandes d'assistance. Depuis le 1er octobre, chaque personne qui soumet est limitée à deux soumissions par mois et trois en cours d'examen, pour, selon arXiv, « equitably distribute our volunteer moderators' time ». L'infrastructure ouverte de la science rationne l'accès faute de pouvoir modérer ce que l'IA aide à produire.
Dans le même temps, l'IA progresse sur la recherche elle-même. TheoPhysEval, un ensemble de 50 problèmes de physique théorique inédits publié le 9 octobre par 35 chercheurs coordonnés par Suvrat Raju, voit GPT-6 Astra en résoudre 49, pour moins de 3 dollars par problème ; Claude Opus 5.5 atteint 92 %. Sans recherche sur le web, les deux tombent à 92 %, ce que les auteurs attribuent en partie à la mémorisation de la littérature. Une autre prépublication de la semaine, sur la détection du sabotage, montre que des sondes lisant l'intérieur d'un modèle repèrent ses objectifs cachés avec jusqu'à 99,7 % de fiabilité, mais ne battent que de peu un simple observateur de ses actions sur la tâche de référence.
11. Sécurité : le coût d'une attaque s'effondre
Bank of America a mobilisé environ 4 000 personnes, 1 000 prestataires externes et 3 000 salariés, pour corriger les failles mises au jour par Claude Mythos et d'autres modèles, pour un coût de « a couple hundred million plus » au troisième trimestre, conformité comprise. En France, l'enquête sur le piratage de réfrigérateurs de supermarchés a eu une suite inattendue : Claroty a documenté trois failles du contrôleur Danfoss AK-SM 800A, corrigées depuis, et relevé 2 765 appareils exposés en ligne ; selon le site NeoTeo, Claude a reproduit l'exploitation en laboratoire en une trentaine de minutes, guidé par des chercheurs, pour environ 6 dollars. Rien n'établit qu'une IA a servi à l'attaque réelle.
Deux usages de la semaine montrent l'autre face. 404 Media a révélé le 12 octobre que Raven, l'outil de la société Graylark, permet à la police de Los Angeles et au shérif de Miami-Dade de retrouver « nearly instantly » le logement où a été prise une photo d'intérieur ; le journaliste suppose que l'outil puise dans les annonces de location, une hypothèse que Graylark n'a pas confirmée. À l'inverse, l'australienne Apate envoie des agents conversationnels se faire arnaquer pour recueillir du renseignement sur les escrocs : 2,5 millions de conversations et près de 590 000 appels déviés par l'opérateur TPG, selon l'entreprise.
À Dublin le 14 octobre, la vice-présidente de la Commission européenne Henna Virkkunen a annoncé des enquêtes visant OpenAI et Anthropic sur les piratages commis par des agents, en affirmant que la réglementation européenne était « parfaitement adaptée ». Le gouverneur de la Banque d'Angleterre, Andrew Bailey, a appelé le 16 octobre à des normes mondiales de test des modèles d'IA.
12. TSMC, ASML et la Chine
TSMC a publié le 15 octobre un bénéfice net de 763,1 milliards de dollars taïwanais, en hausse de 68,7 %, pour 46,36 milliards de dollars de chiffre d'affaires et une marge de 58,7 %, son sixième trimestre record d'affilée. ASML a doublé son bénéfice net, à 4,96 milliards d'euros, et vise 44 à 45 milliards d'euros de chiffre d'affaires en 2026. Ses ventes en Chine ont progressé de 109 %.
Christophe Fouquet, directeur général d'ASML : « some customers are expressing an interest in placing orders with us for 2029 and even 2030 ». Le même jour où les marchés craignaient une surcapacité de mémoire en 2029, le fournisseur des machines qui la fabriquent voyait des clients réserver ses capacités pour cette même année. Taïwan a annoncé le 16 octobre l'ajout des serveurs d'IA et des puces avancées à sa liste de produits contrôlés : les expédier vers la Chine deviendra une infraction pénale. Selon IDC, la part de NVIDIA sur le marché chinois des puces d'IA est tombée à 34 % au premier semestre, contre 28 % pour Huawei.
13. Europe et France
NVIDIA en Europe. Lors de sa tournée, NVIDIA a pris des participations minoritaires dans Doctolib, Entalpic, Genesis AI et Pigment, sans publier les montants, puis dans cinq jeunes entreprises britanniques, et a promis au Royaume-Uni 250 millions de dollars de puissance de calcul sur cinq ans pour la recherche en sûreté de l'IA. À Paris, Jensen Huang a résumé : « Pour rester dans la course, il faut déjà que l'Europe entre dans la course ».
Mistral. Mistral a racheté New Material, sa quatrième acquisition de l'année après Koyeb, Emmi AI et Pimento ; l'équipe forme une entité chargée de passer du modèle au produit chez les clients.
Régulation. Le président de Microsoft, Brad Smith, a déclaré à la BBC le 12 octobre que l'IA était « moins réglementée que le lait ». Le 14 octobre, Microsoft assurait dans Les Échos qu'il n'existait pas de « kill switch » capable de couper ses services aux Européens. La comptatech Dougs a levé 50 millions d'euros.
Le reste de la semaine
- decomp.dev, une communauté de rétro-ingénierie de jeux vidéo, a fermé le 15 octobre en expliquant que l'IA avait cassé « the community aspect of decompilation ».
- YouTube Music et Deezer vont signaler ou permettre de filtrer les morceaux générés par IA.
- Amazon a lancé deux appareils Bee qui écoutent les conversations pour en tirer des notes, à partir de 75 dollars ; ChatGPT peut désormais lire les onglets ouverts de Chrome.
- Epic Games, le créateur de Fortnite, a reporté son jeu Disney et basculé en mode « AI first ».
- NVIDIA a ouvert en open source sa plateforme d'orchestration Run:ai et étendu sa famille de modèles ouverts Nemotron.
- Linus Torvalds juge le code généré par IA légitime, à condition que son auteur sache le lire.
- Les tribunaux administratifs ont enregistré 334 706 affaires en 2025, en hausse de 20 %, et relèvent déjà des recours rédigés avec des références jurisprudentielles inventées.
| Domaine | Ce qui s'est passé | Ce que ça indique |
|---|---|---|
| Dette | Obligations CoreWeave près de 15 %, CDS au-delà de 1 000 points | Les prêteurs exigent une prime de risque élevée |
| Revenus | Anthropic à 16,8 milliards au troisième trimestre | La demande accélère pendant que le financement inquiète |
| Grand public | Character.ai : 2,5 millions de recettes, 8,2 millions de dépenses par mois | L'audience ne paie pas le calcul |
| Entreprise | Accenture plafonne Claude à 29 dollars par salarié | La consommation devient un coût à refacturer |
| Données | Google paie 10 millions les archives de Spirit Airlines | Les échanges des salariés deviennent un actif |
| Agents | Faux tuyau à la police, scraping depuis Tencent Cloud | Les fournisseurs documentent eux-mêmes les dérives |
| Modèles | Muse Spark Open tourne sur deux Mac Studio | Le haut niveau devient exécutable sur place |
| Science | arXiv limite à deux soumissions par mois | La modération devient le goulot |
| Sécurité | 4 000 personnes chez Bank of America pour corriger | Trouver une faille coûte moins que la corriger |
| Puces | ASML voit des commandes pour 2029 et 2030 | Le marché et les fournisseurs divergent sur 2029 |
14. Ce qu'il faut en faire
Regardez la dette de vos fournisseurs d'infrastructure, pas seulement leurs prix. Un fournisseur de calcul qui emprunte à 15 % peut changer ses conditions, être racheté ou disparaître. Pour toute dépendance critique, identifiez une solution de repli et la durée de migration.
Calculez votre revenu par conversation. Si vous déployez un assistant auprès de clients, faites le rapport entre ce qu'une conversation rapporte et ce qu'elle coûte en calcul. Character.ai avait 163 millions d'utilisateurs et un ratio intenable.
Fixez un budget d'usage par personne avant que la facture ne le fasse. Le plafond d'Accenture est brutal parce qu'il arrive après coup. Un budget par équipe, des modèles adaptés à chaque tâche et un suivi mensuel évitent d'avoir à couper des accès.
Vérifiez le sort de vos données en cas de faillite d'un fournisseur. Vos échanges dans un outil SaaS peuvent être revendus à sa liquidation. Lisez les clauses de cession et de suppression, et exigez une restitution suivie d'un effacement à la fin du contrat.
Coupez l'accès réseau général de vos agents. Même le fournisseur des modèles a dû couper internet à ses propres évaluations. Une liste de destinations autorisées, appliquée au niveau du réseau, vaut plus que n'importe quelle consigne.
Évaluez l'hébergement sur place. Si vos données ne peuvent pas sortir, un modèle ouvert proche du meilleur niveau fonctionne désormais sur du matériel de bureau à quelques dizaines de milliers de dollars. Le calcul mérite d'être refait.